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«[…] Né en 1934, à Alger, d'un père polytechnicien, François Deslaugiers avait rompu avec sa famille pour entrer à l'Ecole des beaux-arts en 1952, avant de travailler dans les ateliers de Guy Lagneau (1952), puis, son diplôme obtenu, dans celui de Louis Arretche (à partir de 1966). Fuir l'univers de Polytechnique vers celui de l'architecture peut difficilement passer aujourd'hui pour un motif de rupture familial. Quelques motifs plus sociaux et plus philosophiques durent sans doute s'en mêler. Son oeuvre la plus connue est sans doute le centre des impôts à Nemours (1981), un grand "Meccano" de structures métalliques tramées, systématiques. François Deslaugiers ambitionnait de dépasser le modèle, à l'époque tout récent, du Centre Pompidou : lui et Christiane, se rappelle le critique François Chaslin, formulaient contre l'édifice de Piano et Rogers, qui avait été inauguré, au début de 1977, nombre de griefs : ils lui reprochaient ses limites et l'accusaient de ne déployer son "espace neutre, banalisé et sans divisions internes" qu'à l'intérieur d'une forme globale par ailleurs très définie. "Justement à Nemours, qu'ils venaient d'achever, poursuit François Chaslin, ils affirmaient être allés plus loin. La forme était "déstructurée"." Elle n'était plus que l'enveloppe provisoire, flexible, d'activités libres et changeantes et le fruit de la souplesse de positionnement des diverses parois. Le tout "fondé sur la rigueur d'invisibles lois techniques faites pour servir et non contingenter". On doit aussi à Deslaugiers les gares du funiculaire vitré de Montmartre (1991), les réserves du Musée des arts et métiers à Saint-Denis (1994), la nouvelle salle du Théâtre d'Orléans (1994) et le nouveau palais de justice de Nanterre (1996). François Deslaugiers fut toujours intransigeant, fidèle à cette pensée qu'il avait ainsi résumée pour Le Monde, en 1982 : "J'ai essayé de devenir ingénieur, alors que mes confrères, peu soucieux des "utilités", se contentent, en général, de réemployer des poncifs techniques élaborés avant eux et de plaquer une vague plus-value artistique sur un travail et des choix fondamentaux qu'ils ont depuis longtemps abandonnés aux entreprises et qu'ils se laissent imposer par elles." Il réalisera ainsi des aménagements au Musée des arts asiatiques de Nice, de Kenzo Tange (1998), et dans la chapelle du Musée des arts et métiers, à Paris, réhabilité par Andrea Bruno (2000), un parcours en passerelle dans le cadre de la rénovation par Rudy Ricciotti de l'abbaye de Montmajour, près d'Arles (2000). Et plusieurs ouvrages d'art : le viaduc Le Corbusier à Lille, porté par trois arcs débordants (1994), la passerelle des Bonnets rouges, sur la Vilaine, à Rennes (1994) et, plus tard, celle qui franchit les voies ferrées de la gare de Lille-Flandres (2002).» Frédéric Edelmann, Le Monde, 02.01.10
- Le viaduc le Corbusier (Al Dante, 2010) |
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