Julien Blaine poursuit dans les Cahiers de la 5e feuille une enquête scientifico-poétique pour retrouver la trace, l’empreinte d’une langue originelle, une langue élémentaire qui remonterait aux racines du verbe, hors de toute révélation divine. Cette langue, partout présente et toujours dérobée, il en traque les signes jusque sur les murs des grottes les plus anciennes, celles des Aurignaciens. Observant, collectant et comparant, le poète retrouve partout le même signe originel – un ovale fendu, celui de la vulve, de la feuille, du poisson ou de l’œil : « Je reconnais les 5 ovales fendus, sources de toutes les écritures et de toutes les spiritualités. Et ce, à travers les vieilles langues (écrites et prononcées) explorées […] / retrouvées / […] traduites / […] abandonnées / […] considérées comme dessins, gravures, peintures, griffes, graphes, paraphes… [Julien Blaine] » Cette quête de signes soulève le problème de leur compréhension et de leur possible traduction. Dans ce double volume des Cahiers, Julien Blaine s’intéresse donc au travail de Jean-Pierre Brisset, qui, dans Les Origines humaines, fait remonter le langage humain aux cris de la grenouille ; aux recherches de Jules Hermann qui, lui, considère la langue malgache comme l’origine de toutes les langues humaines ; et, surtout, à Hans W. Bornefeld et son entreprise de traduction des glyphes cromagnonnais… En donnant la parole à ceux qui, comme lui, s’efforcent de comprendre non seulement la langue, mais les conditions même d’existence de la langue, Julien Blaine ne s’absente pas de son livre, au contraire : il continue de l’écrire, inlassablement, en rassemblant toutes les formes d’écritures, qu’elles soient naturelles, inscrites aux murs des grottes, ou techniques, élaborées sur Internet ; qu’elles soient scientifiques, littéraires ou simplement délirantes. Toutes ces écritures, Julien Blaine les rassemble et les « retraite » dans son propre texte, qui dès lors ne devient pas recueil poétique, mais réservoir des possibles de la langue dans tous ses états. |