Depuis plus de 30 ans, Joël Hubaut s’adonne à une véritable guérilla artistique à travers son travail « épidémik » de parasitage et d’envahissement des signes. Avec ses CLOM (Contre l’ordre moral), il interroge la symbolique des couleurs : « Mon livre, CLOM en Stock, est une compression de toute ma “color-activity”, soit un ensemble qui traite du processus actif de mes expériences autour de la couleur-guérilla contre “l’ordre moral”. Je l’ai voulu pop comme un album Tintin pour dilater les genres et expanser le point de vue vers d’autres dimensions plus flexibles. En choisissant la contrainte de l’album, je me suis libéré du sujet initial, il s’agit donc d’un nouveau travail à part entière, une autre voie colorante qui demanderait sûrement un nouveau livre pour en expliciter le contenu en abîme... Ah ! ah ! ah ! Tout est infiniment ouvert quand on veut, et je le veux. Rien de plus triste pour moi que ces sempiternels catalogues “raisonnés” d’artiste! Fallait éviter ! Je souhaitais à la fois déballer toute la panoplie-mémory de mon chantier-couleur entamé en 1995 et dériver, riper, glisser pour inventer une autre perspective de lecture... Essayant d’agir moi-même en vrille comme un toon quand je monte une opération-action avec une population élargie et non avertie, il m’a semblé qu’en truffant de bulles émancipées et incongrues les images-documentaires de ces 12 ans d’activité autour de ma peinture concrète et ses “installations vives”, je pouvais greffer des orientations probables qui, bien qu’apparemment dissociées du témoignage, siphonnent au plus juste mon geste comportemental essentiellement existentiel, mais on va pas en faire un fromage! Ma guérilla contre la pensée unique ne peut pas être frontale, évidemment. Chacun sa visée! Quand on pointe un truc avec rigueur, on étrique, on réduit malgré tout !!! Le monde est bien plus fou! L’œillère déforme et rabougrit. J’ai horreur du goulot. Mon exigence est de scruter le point flou qui convient à l’imprévisible pour provoquer l’avalanche latente en roulé-boulé, qu’elle déboule! Et là, chaque bulle succincte ouvre le champ! L’album est une artillerie mentale présumée... un hyperalbum. À chacun de dégoupiller. C’est plus mon problème! Ça pète quand on l’souhaite! Sinon c’est que d’la mouillette séquentielle! Là, je couine en castafiotte ma démesure pour jaillir hors du format de genre. Je suis d’un genre transgenre. Je mets pas de valeur aux tribus. J’erre entre les castes et je déteste la BD. Je suis un pinpin, ni vraiment poète, ni vraiment artiste comme on l’entend, c’est ma poésie et j’emmerde les contrôleurs stylistes qui gouvernent. Mais qu’est-ce qu’on entend? Alors vive les bulles! Le monde est si merveilleux dans les interstices... » Joël Hubaut, 2008. |